Incroyable, je suis sur le toit du bus avec deux enfants et leur mamie, une chèvre et son chevreau, des poules, des bagages et le jeune assistant porteur. L'air est frais mais la vue est imprenable, je mitraille tout ce que je vois, je n'aurai jamais assez de pellicule ... La radio de cette caravane diffuse des standards latinos : Yo no soy marinero, soy capitan, soy capitan ... La cucaracha, la cucaracha, ya no puede caminar, porque le falta, porque le falta, marijuana que fumar ... Besame, besame mucho, como si fuera la primera vez ...
Six heures du mat, je suis enfin sur les pas de mille cinq cent ans de civilisation disparue, dissimulée sous la jungle et son cortège d'insectes, de singes, mais aussi des poules de forêt, des dindons tiens donc, Léon ! C'est incroyable, comme c'est haut, et tout ça sans les techniques des voûtes, ni de ciment, juste des assemblages de pierres sèches. J'arrive du Yucatan où j'ai déjà vu de telles constructions à Uxmal, Chichèn itzá ou Tulum, mais ici c'est si gigantesque, tellement haut que l'on surplombe la canopée, tellement grand que des dizaines de pyramides se devinent sur cette avenue des Élysée près hispanique. Ce soir je ferai une expédition nocturne sur les ruines.
Les bruits de la jungle se trouvent amplifiés à la tombée du soir. Seulement, me retrouver seule au milieu de ce site fantasmagorique, est un honneur pour moi.
Je suis ébahi lorsqu'au détour d'une place je surprends deux petits jaguars jouant à chat. Les dindons sont sortis des sous-bois où ils se réfugient loin de la cohue touristique qui s'abat quotidiennement sur leur territoire. Une mygale sort timidement de son terrier pour retravailler sa toile et les singes font de grandes expéditions dans les branchages qui me surplombent, pour cueillir les fruits qui les sustenteront. Leurs discours semblent se moquer de moi qui suis réduit pour eux à ramper sur le sol. Je ne me lasse pas de regarder, de grimper, de rêver sur ces édifices témoin d'ages révolus. Je repense à un songe d'enfance, où je m'imaginais être un guerrier ennemi mis en esclavage puis sacrifié sur l'hôtel de leur divinité pour apaiser son courroux, et apporter de bonnes pluies qui permettrons d'obtenir fertilité, fécondité et prospérité pour leur cité.